La Responsabilité Sociale des Organisations en quête d’éco-efficience en terre africaine : contexte camerounais

Les autorités camerounaises ont porté une attention particulière à la mise en œuvre de ces Objectifs du Millénaire pour le Développement au niveau national lors de l’élaboration du Document Stratégique de la Réduction de la Pauvreté I en 2003. En 2008, avec l’élaboration du Document Stratégique de la Croissance et de l’Emploi (DSCE), l’évaluation des objectifs  1 et 7 démontre les efforts que doivent encore fournir l’Etat du Cameroun pour atteindre les buts fixés. Selon l’Objectif du Développement Durable  1, il est question d’ « éliminer la pauvreté́ sous toutes ses formes et partout dans le monde ». le rapport d’évaluation de 2008 énonce que « de 2001 – 2007, la proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté national est restée quasiment stable, passant de 40,2% à 39,9% tandis que pour la même période, l’indice d’écart de la pauvreté est passé de 12,8% à 12,3% […] l’objectif à atteindre à l’horizon 2015, […] 25,1% […] semblent compromis au regard des évolutions constatées […] et de l’aggravation de la conjoncture économique mondiale ». Quant à l’Objectif du Développement Durable 11, il s’agit d’assurer un environnement durable en intégrant les principes de développement durable dans les politiques nationales.

La mise en œuvre du développement durable est encouragée à tous les niveaux de la société. C’est ainsi que ce dernier est aussi présent dans tous les champs de vie de l’entreprise. L’entreprise étant selon Pascal Labazee, «le lieu de création de richesses et de pouvoirs » et un « espace social » [Pascal Labazee cité par Urbain K. Yameogo, 2007]  , une entreprise qui intègre le développement durable à sa stratégie et son fonctionnement se fixe pour objectif d’assurer un développement maintenu dans le temps, respectueux d’un système de valeurs sociétales et environnementales dans une logique de progrès continu, tout en impliquant des acteurs internes et externes à l’entreprise [Adepia, 2003, p. 31].

Faire mention du développement durable au sein de l’entreprise revient à s’intéresser à la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) ou des organisations. Selon M. Bambara et al., La Responsabilité Sociale des Organisations (RSO) s’appréhende comme étant la « responsabilité d’une organisation vis-à-vis des impacts de ses décisions et de ses activités sur la société et sur l’environnement, se traduisant par un comportement transparent et éthique qui contribue au développement durable y compris à la santé des personnes et au bien-être de la société, prend en compte les attentes des parties prenantes, respecte les lois en vigueur et est compatible avec les normes internationales et est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations » [M. BAMBARA et A. SENE, 2012, p.100] .  Cette définition présente de manière holistique l’enjeu de l’insertion d’une RSE ou RSO au sein d’une société, notamment dans ce cas d’étude la société camerounaise. Néanmoins, considérant le caractère nouveau du concept occidental qu’est la RSO en Afrique et l’appréhension changeante de ce dernier en fonction des réalités sociales, une question se pose. Quelle est l’approche indiquée qui ferait de la RSO un outil stratégique permettant aux entreprises camerounaises d’être éco-efficiente et partant contribuer à l’émergence de l’économie africaine ?

L’emploi de la méthode sociologico-fonctionnaliste permettra d’élaborer une analyse faisant état de l’impact escompté de la RSO au sein de toute société tout en tenant compte des acteurs sociaux présents dans le cadre africain plus spécifiquement camerounais. La RSE ou encore RSO étant présentée par plusieurs comme avoir acquis le statut de sagesse conventionnelle [Stark A., cité par Emmanuelle Champion et al., 2005, p.3], il sera question d’aborder cette analyse par le biais de deux approches. Notamment, la RSO  perçue comme cet outil régulateur et par ailleurs l’éventuelle instrumentalisation dudit concept dans une quête d’éco-efficience. 

1-   Une Approche régulatoire lacunaire

L’approche régulatrice envisage la RSO impulsée par les Etats et opposable aux entreprises. Au Cameroun, il n’existe pas de texte législatif régulant la mise en œuvre de la RSO. Toutefois, il est fait recours aux accords et conventions internationaux ratifiés d’une part et d’autre part, aux textes généraux et d’application relatifs à la gestion de l’environnement et la normalisation. Notamment, sur le plan national, la Loi n°96/12 du 05 août 1996 portant loi cadre relative à la gestion de l’environnement, Loi n° 96/117 du 5 Août 1996 relative à la Normalisation, le décret n°2005/0577/PM du 23 février 2005 fixant les modalités de réalisation des études d’impact environnemental et le Décret N° 2009/296 du 17 septembre 2009 portant création, organisation et fonctionnement de l’Agence des Normes et de la Qualité.. Sur le plan international, il est fait référence à l’isophormisme institutionnel [Marianne Rubinstein, 2008, p.9] et  à la réglementation internationale en matière du travail.

Selon l’Organisation internationale du travail, la RSE traduit «…la façon dont les entreprises prennent en considération les effets de leurs activités sur la société et affirment leurs principes et leurs valeurs tant dans l’application de leurs méthodes et procédés internes que dans leurs relations avec d’autres acteurs»[1]. La définition énoncée par l’OIT aborde l’approche sociologique de la RSE qui présente ce concept « …comme une question de régulation sociale faisant intervenir, derrière l’institution que constitue l’entreprise, des acteurs sociaux en conflit. » [Emmanuelle Champion et al., 2005, p.4]  . Désormais, comme le diraient Mc William et Siegel, il est question de considérer la RSE « … comme des actions permettant d’améliorer le bien-être social au-delà des intérêts de la firme et de ce qui est requis par la loi» [MacWilliams, A. & Siegel, D., cité par Marianne Rubinstein, 2006] . Cette présentation du concept de différents avis énonce de manière globale l’appréhension actuelle de la RSE au sein des entreprises.

Bien que globalisante, cette présentation de la RSO nécessite une définition contextuelle répondant à un acheminement d’entonnoir orienté vers l’environnement africain en vue d’une mise en œuvre efficiente. Il reviendrait au gouvernement camerounais de s’approprier le concept de la RSO pas seulement dans son aspect globalisant mais aussi spécifique. Il est question de l’insertion d’une théorie ou d’un concept, notamment la RSO, par une pratique éclairée, des processus et phénomènes individualisés [Roberto Miguelez,  1984, p.1.] . Selon Emmanuelle Champion et al., « l’institutionnalisation d’un tel système de régulation suppose évidemment que les acteurs sociaux auront réussi à convenir d’un compromis acceptable quant à l’adoption de la Responsabilité sociale comme mode de régulation » [Emmanuelle Champion et al., 2005, p.21] . La difficulté actuelle confrontée par l’épanouissement d’une RSO en milieu camerounais est l’absence de cet outil juridique servant d’ancrage entre la norme adoptée et les réalités locales. Cette arduosité s’illustre par des engagements généraux sans indicateurs et de nature peu opérationnel, absence de rapport RSE des entreprises et des contrôles peu réguliers du Ministère de l’environnement, de la protection de la nature et du développement durable. Il est par ailleurs important de noter que malgré l’existence de l’Agence des normes et de la qualité (ANOR), cette dernière aurait tendance à être relayée au bénéfice des normes éditées par des organismes internationaux. Une telle situation ne crée pas une atmosphère de confiance entre l’ANOR et les entreprises en quête de certification environnementale. D’où le constat d’une extraversion directe vers l’international.

2-   L’approche socio-stratégique, une voie prometteuse

L’approche socio-stratégique revient à évoquer la recherche de l’éco-efficience des entreprises par un engagement volontaire à la RSO. Selon Olivier Boiral, l’éco-efficience est la « la relation entre le résultat obtenu et les ressources utilisées » [Olivier Boiral, 2004]. Parler d’éco-efficience, c’est faire référence à une mesure relative qui consiste à mettre en regard la performance économique et la performance environnementale ou écologique[2].  Son but est de produire mieux en réduisant les impacts sur l’environnement. La préoccupation centrale de l’éco-efficience est le rapport entre les outputs d’une entreprise et leurs impacts socio-environnementaux. Il est question de faire plus avec moins en éliminant les déchets. Ainsi, l’éco-efficience présente deux avantages : la diminution de l’impact nocif des produits ou des services sur environnement et la réalisation des économies substantielles. Cette économie est possible à travers des politiques d’écologie industrielle et la maximisation de l’éco-efficience.

En considérant que le jumelage de l’écologie et de l’économie répond d’abord à une logique de rentabilité, un modèle d’évolution intégration est proposé. Olivier Boiral et Jean D. Kabongo constatent dans le cadre de leur étude que plus l’entreprise est rentable, plus elle est disposée à investir dans les initiatives écologiques de revalorisation résiduelle et d’amélioration des performances environnementales. Toutefois, cette analyse est discutable. Palmer K., Oates W.E. et Portney affirment que s’il est aisé de trouver des histoires à succès comme le font Potter et Van Der Linde, il est aussi possible d’énumérer de nombreux cas où les coûts associées aux pressions environnementaux ont mis en difficulté financière des entreprises[Palmer K. et Oates W.E., 1995, pp. 119-13]. Il revient donc aux entreprises de se fixer des objectifs qu’elles peuvent atteindre de manière efficiente, autrement dit, de la façon la moins coûteuse possible et en faisant éventuellement des bénéfices. Car les retombées économiques des actions environnementales varient en fonction du type d’entreprise et de l’ampleur de pollution. En termes d’illustration, pour les entreprises spécialisées dans le traitement des eaux ou déchets industriels, l’accent mis sur les préoccupations environnementales constitue une opportunité de rentabilité. Par contre, pour les industries posant des empreintes écologiques non négligeables, les répercussions seront autres. Néanmoins, le constat selon lequel les performances environnementales sont souvent une conséquence de la bonne gouvernance de l’entreprise est établi. Dans le cadre de la RSO, il s’agit de conserver « … de bonnes relations avec la Communauté, car ces relations valent probablement plus que quelques millions de dollars versés par les entreprises » [Olivier Boiral, 2004].

Conclusion

La RSE ou encore RSO est aujourd’hui présentée par plusieurs comme avoir acquis le statut de sagesse conventionnelle [Emmanuelle Champion et al., 2005, p.3]. Elle est désormais perçue comme cet outil régulateur répondant aux besoins et défis du secteur des organisations. Toutefois, la mise en œuvre variée de ce concept illustre la pluralité de son acception par les parties prenantes. Au Cameroun, malgré l’insertion du concept dans les pratiques managériales, force est de constater la présence de lacunes d’ordre régulateur ne contribuant pas à l’essor dudit concept en milieu camerounais. Selon Luciano Barin Cruz, « l’enjeu de l’implémentation du concept réside en la recherche d’un équilibre entre une RSE régulée et stratégique»[3]. La promotion d’une logique RSO pourrait résider en l’introduction dans l’entreprise d’une culture pro-environnementale liée à la formation de tous et chacun dans les domaines de la stratégie et du management. Car la compétitivité des entreprises dépend largement de l’apprentissage de compétence difficilement imitable par les concurrents. [Olivier Boiral et Jean D. Kabongo, 2005].



[1]L’OIT et la responsabilité sociale de l’entreprise, Helpdesk du BIT N◦1,  http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---ed_emp/---emp_ent/---multi/documents/publication/wcms_142693.pdf (consulté le 12/02/2015).

[2] « Eco-efficience », www.geneve.ch/agenda21/fiche18.asp. (24-11-2009).


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